Votre conseiller en santé et sécurité du travail ne détermine pas vos résultats

Dans certaines organisations, la gestion de la santé et de la sécurité du travail est confiée à une seule personne, à un département ou à un service au sein de l’organisation. Parfois, cette responsabilité se retrouve au sein du service des ressources humaines. On embauche alors un conseiller ou une conseillère en SST avec l’idée que cette personne va prendre en charge en grande partie les questions liées à la prévention des accidents dans le milieu de travail. Ce rôle aux tâches multiples est primordial pour assurer une gestion préventive des risques et développer une culture forte de SST. 

Mais est-il réaliste de penser qu’une seule personne, ou même un seul service, puisse porter à elle seule la santé et la sécurité d’une organisation entière ? Peut-elle effectuer une vraie prise en charge et s’assurer que l’ensemble des acteurs de l’organisation participent activement au développement et au maintien d’une culture préventive et durable ?   

Ces questions méritent d’être posées, car une culture bien ancrée repose souvent sur bien plus qu’un unique poste. 

Le rôle réel d’un conseiller en santé et sécurité du travail 

Avec le temps, il arrive que l’on en vienne à percevoir une personne dans l’organisation comme celle qui devra « s’occuper de la SST ». Celle à qui l’on se réfère lorsqu’un problème survient ou lorsqu’un écart est constaté, sans trop se poser de questions sur les actions qu’elle aura à réaliser. On lui passe la balle et on attend la solution. 

Il faut savoir que les responsables en santé et sécurité du travail sont des spécialistes de leur domaine. Ils ont une expertise des lois en SST, comme la Loi en santé et sécurité du travail, incluant les Règlements en santé et sécurité du travail et le Code de sécurité pour les travaux de construction.  Certains se spécialisent dans un domaine précis, comme la gestion des risques, l’hygiène industrielle et l’ergonomie. Ils acquièrent ainsi des connaissances pointues et peuvent adopter une gestion stratégique adaptée à la réalité des entreprises. Les conseillers SST sont là pour appuyer les opérations. Ils accompagnent les gestionnaires, superviseurs et contremaîtres afin qu’ils assurent une prise en charge la SST des plus optimales dans leurs activités quotidiennes. Ils conseillent aussi la haute direction sur les stratégies à mettre en place pour faire évoluer la SST dans l’organisation. 

Les professionnels en SST doivent donc être d’excellents communicateurs. Leur leadership, leur pouvoir d’influence et leur capacité à rassembler les troupes sont essentiels. Ils doivent aussi avoir plus d’un tour dans leur sac, car ils auront souvent à adapter les stratégies proposées en cours de route. 

Si l’on comprend maintenant que le rôle du conseiller en SST est celui de guide, saviez-vous que, dans certaines organisations, il est encore perçu de la même façon que celui d’un vendeur, d’un responsable marketing ou d’un technicien en TI ? Son poste est alors considéré comme une fonction où une personne possède un budget, des objectifs à atteindre et où les résultats dépendent en grande partie de ses propres actions. 

Dans un département de ventes, par exemple, une personne peut influencer directement ses résultats : le nombre d’appels effectués aura un impact sur le nombre de rencontres réalisées, de propositions envoyées et de contrats signés. 

Bien sûr, plusieurs facteurs entrent en jeu, mais une partie importante de la performance du vendeur repose sur ses efforts individuels. 

En santé et sécurité du travail, la réalité est différente. 

Un conseiller en SST peut aider à analyser les risques, propose des solutions, structure des démarches de prévention et accompagne les équipes. Toutefois, la réduction des accidents, des incidents ou des non-conformités ne repose pas uniquement sur ses propres actions. Il en va de même pour la prise en charge et la responsabilisation des cadres ou des gestionnaires. Ces résultats dépendent de la vision, de l’engagement de la direction et d’une multitude de décisions prises dans l’organisation, souvent au cœur même des opérations. 

Avoir une ressource dédiée à ces enjeux est donc évidemment une bonne chose. Ce professionnel apporte une expertise précieuse et joue un rôle important pour structurer la démarche de prévention. 

Mais il faut se rappeler que la prévention devrait être porté concrètement sur les épaules de chacun des membres de l’organisation. Elle ne peut pas être assumée par une seule personne, aussi compétente soit-elle. 

Faire de la SST une responsabilité organisationnelle 

La SST ne peut reposer sur une seule paire d’épaule. 

Même si elle est compétente. 

Même si elle possède une grande expérience.  

Même si elle maîtrise les lois, les normes et les bonnes pratiques en SST. 

L’engagement de la direction et des gestionnaires de l’organisation est essentiel pour créer une culture SST préventive durable. Le responsable en SST peut les guider. Il peut fournir les idées, les notions importantes. Il peut rédiger un plan, organiser une stratégie. Mais il n’est pas responsable des actions, ou de l’inaction, des autres. 

Tout comme je ne tiens pas ma comptable responsable si mon entreprise ne génère pas les profits espérés. De la même façon, je ne tiendrai pas mon entraîneur de course responsable si, en juillet prochain, je n’arrive pas à compléter mon demi-marathon. 

Je ne leur attribue ni le succès ni l’échec de ces objectifs. Cela ne veut pas dire que leur rôle n’est pas important. Au contraire. Pour l’atteinte de certains buts professionnels ou personnels, il est souvent essentiel de bien m’entourer. Ces personnes apportent une expertise que je ne possède pas nécessairement. 

Ma comptable, par exemple, m’aide à comprendre mes obligations en matière de fiscalité, qu’il s’agisse de la Loi de l’impôt sur le revenu ou des règles entourant les taxes de vente. Elle peut aussi me proposer des stratégies pour gérer mes obligations fiscales de façon rigoureuse et légale et m’orienter dans certaines décisions qui peuvent avoir un impact sur la santé financière de mon entreprise. 

De son côté, mon coach m’aide à structurer mon entraînement, à progresser et à me préparer adéquatement pour une course. 

Leur rôle est précieux, parce qu’ils me guident, me conseillent et m’accompagnent pour prendre de meilleures décisions. Mais, au bout du compte, certaines choses demeurent entre mes mains. 

C’est moi qui dois m’entraîner semaine après semaine. 

C’est moi qui dois suivre le plan proposé.  

C’est moi qui dois faire les efforts nécessaires pour atteindre mon objectif. 

Mon coach peut me montrer le chemin. 

Mais il ne courra pas les entraînements à ma place. 

D’une certaine façon, la réalité est comparable en santé et sécurité du travail. 

Un conseiller SST peut guider une équipe, conseiller des gestionnaires et structurer une démarche de prévention. 

Mais il ne peut pas faire, à lui seul, le travail qui relève des décisions, des priorités et des actions des autres acteurs de l’organisation. 

Sans les opérations, le conseiller en santé et sécurité est limité 

Dans la plupart des entreprises, les conseillers en SST ont peu, voire pas du tout, d’autorité directe sur les employés. C’est l’un des éléments qui explique que le succès de la mise en place d’une stratégie ne repose pas uniquement sur leurs épaules. Sans l’appui des gestionnaires sur le terrain et leur collaboration, les responsables en SST auront de la difficulté à implanter une vraie prise en charge de la SST. 

Les décisions touchant l’organisation du travail, la gestion du temps, les méthodes de production ou la répartition des ressources relèvent habituellement du premier niveau de gestion, c’est-à-dire des gestionnaires qui encadrent immédiatement les équipes sur le terrain. 

Or, ces décisions influencent directement les conditions de travail incluant l’intégration de la SST au travers des opérations. 

S’il avance seul, il lui manquera des éléments essentiels pour faire son travail. La communication entre les deux parties est donc primordiale. Elle permet de regarder les ressources véritablement disponibles et de soulever les enjeux potentiels afin que le conseiller puisse élaborer une stratégie comprenant des mesures et des actions réalistes pour améliorer la santé et la sécurité de l’organisation. 

Les actions des dirigeants ont un impact 

On observe souvent que les employés accordent une attention particulière à ce qui intéresse leur gestionnaire direct. 

Si un gestionnaire parle principalement de production, les équipes parleront de production. 

S’il met l’accent sur la qualité, les équipes accorderont de l’importance à la qualité. 

S’il parle de performance financière, les discussions tourneront autour des résultats. 

Et, lorsqu’un gestionnaire démontre un réel intérêt pour la santé et la sécurité du travail, les équipes commencent généralement à y porter davantage attention. 

Il y a plusieurs années, le personnel d’une entreprise a suivi une de mes formations, puis l’organisation m’a reçue à nouveau quelques semaines plus tard pour un coaching de son équipe de nuit. J’ai été surprise de voir le vice-président et le superviseur du quart assister à l’entièreté de la rencontre malgré leur horaire chargé. Ils ont posé des questions et ont tenté d’identifier les situations problématiques rencontrées par leur équipe. Ils se sont grandement impliqués, ce qui a démontré toute l’importance de la démarche à leur personnel. 

Je suis convaincue que les employés de cette entreprise ont davantage vu la valeur de la santé et de la sécurité du travail que d’autres s’étant fait rebattre les oreilles avec la productivité dès la formation terminée. 

La place que prend la SST dans une organisation dépend donc souvent des priorités et des messages portés par les gestionnaires dans les opérations quotidiennes. 

Ce qui doit changer pour une meilleure gestion de la santé et sécurité du travail 

On doit voir les rôles et les responsabilités en santé et sécurité du travail autrement. La question n’est pas seulement de savoir qui s’occupe de la SST… mais plutôt : comment établir les responsabilités de chaque personne pour tous les membres de l’entreprise contribuent à la SST? 

Est-il possible que, dans certaines organisations, on attribue trop de responsabilités au conseiller en SST? 

Le conseiller en SST peut influencer, proposer et accompagner. Mais il ne décide généralement pas de la façon dont le travail est organisé ni des priorités opérationnelles. Et pourtant, on attend parfois de lui des résultats qui dépendent largement de ces décisions. 

Ne dit-on pas que les responsabilités devraient toujours aller de pair avec le niveau de pouvoir décisionnel ? 

Coordonner une réelle prise en charge de la santé et de la sécurité dans un milieu de travail n’est pas une mince affaire. Le conseiller en SST est responsable d’une tâche importante, mais le succès ou l’échec de l’application de ses recommandations ne dépend pas uniquement de lui. Son travail aura un impact sur l’engagement de la direction et des cadres, mais une étroite collaboration est nécessaire entre lui, les gestionnaires et les équipes sur le terrain pour voir une vraie différence au quotidien.  

Dans votre entreprise, est-ce que les rôles et les responsabilités de SST sont bien établis, compris et endossés?  

Si la réponse est non et que vous souhaitez être accompagné pour développer votre culture SST ou une politique SST, prenez-votre RDV ici :  https://culturesst.com/prendre-rendez-vous/

Pour un atelier sur les rôles et les responsabilités : 

https://culturesst.com/formation/

Pour parler de SST régulièrement et autrement : 

https://culturesst.com/promotion/

L'auteur

Je suis détentrice d’un baccalauréat ès sciences composé des trois spécialités: relations industrielles, santé et sécurité au travail et gestion des ressources humaines. Je suis en voie de compléter mon certificat de formateur en milieu de travail. Je cumule plus de 10 ans d’expérience en tant que spécialiste SST et formatrice.

J’ai œuvré dans les secteurs du commerce de détail, de la fabrication d’équipement de transport, de l’aéronautique, des télécommunications, de la construction et dans l’industrie du meuble. Je suis reconnue comme une personne de «terrain», c’est-à-dire aimant être près des opérations où se passe l’action.

Marie-Noëlle Khou

Consultante en santé et sécurité du travail & formatrice